Mercredi 23 juin 2010
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Evitons de revenir sur ce qui fâche la France éternelle qui s’étend de Clovis à Dominique Marie François René Galouzeau de Villepin. Ne discutons pas ces tentatives
de rapprochement entre une équipe de football et l’individualisme de la société française inspiré d’un sarkozisme qui eut son heure de gloire. N’évoquons pas ici non plus la comparaison entre
cette même équipe et le pouvoir bling-bling et son « casse-toi pauv’con », les 12000 Euros de cigares, les 9000 Euros mensuels de sainte Christine et tout le reste. Et enfin, ignorons
la célèbre phrase d’Anelka qui a changé la face du monde de la coupe.
Non, après cette longue introduction parangon de prétérition, je vais ici vous conter une petite histoire qui n’a de lien avec l’actualité que son vocabulaire peu
châtié. Vocabulaire qui permettra aussi de saluer d’un petit geste dérisoire, pour tout ce qu’ils nous ont apporté, Stéphane Guillon et Didier Porte licenciés ce jour-même de France Inter.
C’était il y a déjà quelque temps, un samedi après-midi, l’un des rares encore consacrés à des achats dans un de ces temples de la consommation où l’on trouve de
tout, y compris de l’indispensable. Je quittais ces lieux peu hospitaliers en poussant ce sordide wagonnet métallique à roulettes pivotantes, les épaules courbées par le poids du ticket de caisse
et les jambes affaiblies par la vacuité de cet endroit pourtant noir de monde, quand un jeune à la voix forte et à l’accent du sud (mais ni marseillais ni toulousain) entreprit, derrière moi, de
dialoguer avec son téléphone mobile : « Enculé on va où ce soir enculé… Enculé elle est trop bien cette boîte enculé… Y aura qui enculé… Kevin enculé Jordan enculé et Michael
enculé… » J’abrège ici la citation un peu approximative du point de vue du contenu sémantique mais nullement exagérée quant à la forme. Je jetai un œil par-dessus mon épaule à la recherche
du locuteur de ces phrases à l’étrange ponctuation : il s’agissait d’un jeune aux épaules voutées, sans capuche Adidas mais qui aurait pu arborer un bob Ricard, et au teint digne de cette
France éternelle qui s’étend de …
Par curiosité, je ralentis le pas afin de laisser l’énergumène me dépasser et dans le but peu louable d’identifier le département, alors fièrement affiché sur les
plaques minéralogiques et qui permettait plus aisément que de nos jours de traiter le conducteur de la voiture de devant d’enculé de parisien, de connard de marseillais ou de trou-du-cul
d’ariégeois (je vous laisse ré-agencer localisations et insultes à votre choix en fonction de votre département d’origine). La voiture, une petite sportive de la décennie passée et au large
aileron fait main (roulé sous les aisselles, devrais-je plutôt dire, étant donné l’aspect de celui-ci) provenait d’un département du sud, frontalier de l’Espagne, dont la préfecture héberge le
centre du monde dans sa gare et dont je tairai le nom pour ne pas heurter les lecteurs originaires des Pyrénées Orientales.
Comme je ne souhaite pas tirer de généralités de cette expérience linguistique, je n’en conclurai rien, et me contenterai de me livrer à un exercice de style
quelque peu oulipien en adaptant avec rigueur (encore un gros mot, semble-t-il) une néo-ponctuation à l’un de mes anciens billets
qui en traitait, justement, de ponctuation. Et, pour aider la lecture (qui doit de préférence se faire à haute voix et avec un accent du sud, si possible), les ponctuations sont en gras.
J’aime bien les putain-cons
J’aime bien les putain-cons putain-con c’est Caroline Cartier qui m’y
a fait penser jeudi dernier sur France Inter putain-con elle retransmettait les
regrets de Sylvie Prioul sur la disparition de cette ponctuation double
putain Si presque chacune de mes chroniques en est émaillée con il est vrai que ce n’est pas un
caractère à la mode putain Pourtant con quelle puissance
con-con-con Combien de fois ai-je hésité enculé-con Une con
con non pas vraiment putain-con un putain
con pas tout à fait putain-con alors il est là
con ce mal aimé con
il ne demande qu’à occuper cette place trouble en donnant à la phrase ce rythme si particulier
putain
C’est chez Zola que j’ai vraiment fait sa connaissance putain-con avant con
il n’était pour moi qu’un vulgaire caractère à destinée informatique et ne me servait qu’à ponctuer de
tristes listes putain Mais comme le précisait Sylvie Prioul con-con il n’y a guère que Houellebecq
chez nos contemporains qui ose en user putain-con
six dès la première page de Plateforme merde-con
Non con la modernité est soit à la phrase
longuecon alanguie sur un tapis de conscon toutes identiques
con un paillasson de cons con sur lequel les mots traînent des
pieds con ou encore une forêt de petits cils vibratiles qui s’agitent au passage de ces substantifs con verbes con
articles et adverbes con sans trop les ralentir
putain Mais le summum du modernisme con c’est la phrase courte
putain Et son paroxysme enculé-con La phrase
nominale putain Sans verbe putain
Réduite à l’extrêmeputain Quelques mots
putain Un mot putain
Un seul enculé-con Difficile merde-con
Pourtant con il a tout pour être moderne notre
putain-con putain Hermaphrodite de la ponctuation il devrait être tendance putain Ni
tout à fait un point – avec cet autoritarisme à condamner les phrases – ni tout à fait une con – avec son laxisme à laisser vagabonder les mots – il devrait aussi être adoré des
centristes putain François Bayrou devrait d’ailleurs créer un nouveau parti qui prendrait son nom putainJ’entends déjà sa
déclaration con-con « On voudrait en France qu’il n’y ait que des putain ou que des cons putain Et
bien moi con je pense qu’il y a une place pour autre chose con qui ne soit ni complètement un
point con ni totalement une con con-con-con» Mais il paraît qu’il hésiterait plutôt actuellement entre le merde-con et
l’enculé-con putain-con peut être encumer-con ou encore merculé-con
enculé-con Je me fourvoie con
le seul qui lui aille vraiment con-con-con serait sans
doute con-con-con con-con-con con-con-con