Extrait de "rien ni personne..." - le début

Il pleuvait sur Paris ce 31 octobre 2011, une pluie fine et froide, un vrai temps de Toussaint. Les manifestants n’étaient pas nombreux sur la place de la République, à peine quelques centaines. Le cortège n’avait pas encore démarré, on attendait un peu que les rangs grossissent. Les gens tapaient le bitume du pied pour se réchauffer, se frottaient les mains, se tapotaient les épaules.

A dix heures, la tête du défilé démarra sur le boulevard Voltaire.

Les banderoles étaient maintenant toutes déployées : « Barenczi t’es fini», « Liberté, Egalité, Fraternité », « Non à la dictature », « Abrogation des lois scélérates ».

Francis était en tête du cortège avec à ses côtés les rares responsables politiques qui avaient eu le courage de venir : Léon Monpère et Julien Derrey.

 

La rencontre eut lieu à l’intersection de la rue d’Oberkampf. Des cars bardés de grilles se mirent en travers du boulevard, les CRS s’avancèrent en direction des manifestants. La plupart étaient équipés d’un bouclier et d’un tonfa, certains étaient armés de lance grenades, d’autres de fusils anti-émeute à balles en caoutchouc.

Une centaine de mètres séparait encore les manifestants des forces de l’ordre. Le cortège avait ralenti sans toutefois s’être arrêté. Le mégaphone du capitaine Nédélec retentit : « Veuillez-vous disperser ! La loi du 7 octobre 2009 interdit toute manifestation de nature à limiter le droit de circuler librement, vous risquez une peine de deux à trois ans de prison et une amende de vingt à trente mille Euros. En outre, la loi du 15 septembre 2010 nous autorise à employer la force après une seule sommation. Ceci est donc mon dernier avertissement : Dispersez-vous ! »

Les manifestants se mirent à chanter la Marseillaise et le cortège reprit de la vitesse. Le capitaine Nédélec tonna son ordre : « A mon commandement… feu ! ».

Simultanément les grenades lacrymogènes fusèrent vers la foule et les premières balles caoutchoucs atteignirent leurs cibles. Léon Monpère en reçut une en pleine poitrine qui lui brisa plusieurs côtes, il eut le souffle coupé et tomba à genou. Une femme du premier rang était elle aussi à terre, le nez brisé.

La plupart des gens essayaient de s’enfuir. Une poignée s’était ruée vers les CRS. Ils furent reçus à coup de tonfas.

Francis était à genou asphyxié par les gaz lacrymogènes qui lui brûlaient les yeux et lui prenaient la gorge. Il ne put même pas voir la rangers du CRS qui lui arriva en pleine tempe.
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