Nouvelle : "Point Final" - 1/6

Plus qu'un point. Un seul petit point. C'est donc tout ce qui lui reste sur son permis.
0033:a0f0:0a88:85a3:aecf:d021:ac11:00011, que ses parents ont prénommé « François », est furieux. Furieux et angoissé. C'est bien sûr cette notification de retrait d'un point, pour une faute somme toute assez légère, qui le met dans cet état.
Il était pourtant quasiment certain, lorsque cela s'est produit, que la chose n'avait pas été détectée et qu'elle passerait inaperçue. Excès d'optimisme. On ne se faufile plus entre les mailles du filet, sauf à avoir des appuis suffisamment
puissants. Faute. Détection. Punition. C'est inéluctable.
Quelques uns ont bien essayé de porter l'affaire devant la cour globale2 des droits de l'Homme pour des condamnations similaires. Mais la jurisprudence n'est guère favorable et les avocats sont trop dispendieux pour lui. Il n’a plus qu’à accepter de faire son deuil de ce point. Il n’a plus qu’à accepter les effets de cette perte.

Les
yeux perdus dans son passé, il se souvient de son histoire. « France », tel est le nom archaïque de cette partie occidentale de l'Euroland d'où il tire son prénom. Un bout de terre appuyé contre l'océan Atlantique et la mer du Nord, comme chassé par les Pyrénées au sud, les Alpes et le Jura à l'est. La région est maintenant dévolue, et avec elle presque tout l'Euroland, à l'agriculture et au tourisme. Presque tout, car les péninsules ibérique et italique sont devenues pour l'essentiel des zones désertiques (de même que l'Afroland, continent totalement dépeuplé et réservé à l'exploitation de minerais divers).
Ainsi, des Pyrénées à la mer du Nord, sont cultivées les agrumes et toutes sortes de fruits et légumes. Au-delà, le climat plus frais autorise la culture de la vigne et des céréales. Les îles britanniques produisent d’ailleurs les crus les plus renommés : des vins 

[suite...] 

1 Depuis l'allocation systématique d'une adresse IP à chaque être humain, la notion de patronyme, ambiguë et non universelle a été abolie.

2 L'anglicisme a fini par avoir définitivement la peau du pauvre « mondial ».