La saison du bonheur
Il n’y a pas de saison pour le divorce. Il y en a une pour le mariage ; et nous sommes en plein dedans. En dépit de tout ce que peuvent nous enseigner les statistiques affolantes de ruptures matrimoniales, les candidats affluent, chaque été, dans les mairies et parfois même, dans les églises. Tous les samedis, car l’on se marie de préférence le samedi, une ribambelle de couples énamourés se voient accorder un maigre quart d’heure de cérémonie officielle. Celui-ci, écolo dans l’âme, arrive à pied ; celui-là à l’arrière d’un vieux tacot rutilant ; tel autre dans un quatre-quatre Mercedes aux vitres teintées. Le jeune couple enthousiaste va succéder aux quadragénaires aguerris qui entament leur deuxième tentative en rêvant qu’il s’agit de la première. Un couple mixte arrive déjà, sous les regards inquisiteurs des passants.
Les plus attachés à la tradition, ou les plus lâches, « passeront » à l’église. Combien mentiront en déclarant leur foi à Dieu, à leur amour, aux deux ? Mais la religion a au moins le mérite de faire durer la cérémonie et de lui accorder un lustre qui donnera de l’allure à la vidéo et aux photos.
Le soleil d’un été qui sut prendre son temps illumine les robes blanches. Tulles et dentelles éclairent les regards envieux des petites filles. Piégées, elles garderont à jamais l’engramme de cette journée et l’envie de la reproduire. Les petits garçons s’ennuient. Tout à l’heure, ils iront jouer au fond du pré pendant que les adultes s’enivreront gentiment. Autour du buffet, il y aura les plus jeunes, qui imagineront leur propre mariage à venir ; les « anti » qui maugréeront en douce « quelle connerie ! » ; ceux qui boiront plus que les autres pour éliminer le goût amer de cette journée, il y a deux ans, dix ans, vingt ans, qu’ils regrettent en silence ; celle qui laissera s’échapper une larme sur sa joue ridée en repensant à celui qu’elle a si longtemps aimé et qui l’a laissée seule dans la vie.
Repas… Musique...
La nuit prend inexorablement possession de la fête. Sous son apparente mansuétude étoilée, elle tient à rappeler que le temps est roi, et restera le maître du jeu.