Techniques de vente

Publié le par PL

Il a appelé un soir, vers 20 heures, juste au moment des « Guignols ». Il s’est présenté comme l’employé d’une PME innovante qui venait de s’installer dans la région et avait besoin de confronter pendant quelques minutes son nouveau produit  – un système révolutionnaire d’ionisation de l’air – à des « évaluateurs » ; il offrait un cadeau « surprise » si l’on acceptait de l’aider dans sa démarche constructive qui créerait assurément des emplois.

Il est arrivé deux jours plus tard, vers 20 heures, juste au moment des « Guignols ». Quand j’ai ouvert la porte, j’ai immédiatement compris qu’il venait me vendre un aspirateur mais je lui ai laissé le bénéfice du doute. Il a déballé son « appareil révolutionnaire » ; il a versé un peu d’eau dans une cuve et y a additionné quelques gouttes d’essences naturelles d’agrumes ; puis il a mis en route son système qui dans un ronflement d’A380 au décollage a diffusé son odeur de propreté. La démonstration ne s’arrêtait pas là ! Grâce à un ensemble d’accessoires particulièrement judicieux, le purificateur miracle se transformait en un aspirateur extrêmement performant ! Il a alors nettoyé ma moquette en profondeur, insistant sur la couleur noirâtre de l’eau de la cuve après son ouvrage. Vint ensuite le moment du chiffrage : il m’a demandé de deviner le prix de son fantastique ensemble purificateur d’air/aspirateur sensé me faire économiser de l’argent sur les dix ou vingt ans à venir. Je lui ai annoncé un montant que j’avais choisi volontairement très élevé – sept ou huit fois celui d’un aspirateur normal – et  il m’a répondu dans un ricanement qui se voulait commercial que j’avais visé un peu trop bas – son prix était le double du mien – mais qu’il pouvait m’offrir un financement personnalisé particulièrement attractif qui me permettrait d’acquérir sa merveille.

Il se faisait tard, ses stratagèmes m’avaient un peu amusé, un peu fatigué aussi, et il était temps d’arrêter là l’expérience. Il n’insista guère et me laissa le cadeau surprise : un bon d’utilisation pendant une journée de son engin qu’il fallait aller récupérer sur le site de son entreprise le matin et rapporter le soir…

 

Il a parlé un soir, vers 20 heures, juste au moment des « Guignols ». Il s’est présenté comme l’homme clé d’une UMP innovante qui amenait un nouveau concept : la rupture tranquille. Il offrait des cadeaux fiscaux si l’on acceptait de l’aider dans sa démarche constructive qui créerait assurément des emplois.

Il est revenu quelques jours plus tard, vers 20 heures, juste au moment des « Guignols ». Quand on l’a vu sur TF1, on a immédiatement compris qu’il venait nous vendre un programme néo-libéral mais on lui a laissé le bénéfice du doute. Il a déballé son « programme révolutionnaire » ; il a versé en peu d’eau dans son libéralisme et a ajouté quelques gouttes de socialisme en acclamant les travailleurs ; puis il a mis en route son système qui dans un ronflement de député à l’Assemblée a diffusé son odeur moite de Kärcher. La démonstration ne s’arrêtait pas là ! Grâce à un ensemble de promesses particulièrement judicieuses, le purificateur miracle se transformait en un aspirateur de voix extrêmement performant ! Vint ensuite le moment du chiffrage : il a d’abord annoncé soixante dix milliards d’Euros puis, dans un ricanement qui se voulait rassurant, a offert une remise de 50%, à trente cinq milliards d’Euros.

Il se fait tard, ses stratagèmes nous ont un peu amusés, un peu fatigués aussi, et il est temps d’arrêter là l’expérience. Mais c’est étrange, quelque chose me dit qu’il va insister…

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Publié dans leplec

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