Promis, jarrête
Promis, dans quelques semaines j’arrête. De fumer, de boire, de mettre du beurre sur mes tartines de Nutella ? Non, de parler de lui ; du moins s’il est battu…En attendant, j’ai beau examiner la question sous tous les angles, qu’ils soient aigus ou même obtus, je reviens toujours à lui.
Pourtant, j’aimerais bien prendre les choses plus à la légère ; me dire que la gauche et la droite c’est pareil ; que le résultat des élections ne changera rien, que tout cela n’a pas d’importance et pourquoi pas, aller à la pêche le jour des élections. J’aimerais bien pouvoir savourer la baisse de mes impôts en me moquant des services publics qu’il désagrègera. J’aimerais bien me satisfaire du fait que je suis blanc, ni « djeun » ni fonctionnaire, que je ne dépasse pas les limitations de vitesse, que je n’habite pas la banlieue, bref, que je n’ai pas grand chose à craindre de lui.
Mais il m’a rendu fou, je parle de lui tous les jours, je pense à lui tous les jours ; il a envahi mes neurones, se propage dans mes axones, force mes dendrites . Il se diffuse dans l’entrelacs de mes pensées comme un virus létal se multiplie dans les cellules de l’organisme avant de déclencher sa sinistre action.
Je ne suis pas le seul atteint, et c’est bien là ma maigre consolation. Il a contaminé le corps électoral ; le prenant à la hussarde, il l’a inondé de sa semence maléfique. Celle-ci s’est insinuée dans les méandres du conscient et de l’inconscient collectif, générant tantôt des réactions d’amour fou tantôt une haine débordante. Aucune cellule de ce corps, ne peut plus penser sans se référer à lui, ne peut plus agir sans agir pour lui ou contre lui ; aucun sens de ce corps n’est épargné, il a réussi à occuper tout l’espace de son audition, de sa vision, et l’olfaction même a été sollicitée par l’entremise des gaz lacrymogènes de ses agents répressifs.
Je ne suis pas le plus à plaindre, mes barrières immunitaires ont plutôt bien réagi, elles ont généré les anticops qui freinent l’intoxication et interrompent l’amour effréné du contaminateur, mais les effets secondaires sont hélas bien là : inquiétude, irritation à l’écoute des journaux télévisés, coups de gueules immodérés, et chroniques énervées. Il ne reste plus que quelques semaines pour être fixé : soit je guéri de ce mal – même si l’on ne s’en remet pas totalement et qu’une rechute est probable dans environ cinq ans – et je pourrai enfin passer à autre chose ; soit il s’installe, pour une période indéfinie, et dans ce cas, il faudra bien que je choisisse entre me résigner en savourant la baisse de mes impôts et en me moquant éperdument des services publics qu’il désagrègera, ou continuer à maugréer pour stimuler mes défenses immunitaires.