Liber alisme
Ce devait être en sixième ou cinquième, un débat organisé par la prof de Français. A cette époque, les deux sujets de prédilection étaient « pour ou contre la peine de mort » – elle n’était alors pas abolie – et, déjà, « la pollution » ; mais le sujet du jour était la « liberté individuelle ». Qu’est-ce que la liberté ? La réponse toute trouvée était de citer l’article 4 de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. »
Cette définition peut sembler aller de soi et « naturelle ». Ce n’est pas le cas. Elle n’est jamais la réponse spontanée d’un enfant par exemple, pour qui la liberté est « de faire ce que je veux quand je veux ». Elle n’est pas non plus exactement celle des libéraux, qu’ils soient « historiques » ou contemporains, pour qui le rôle de l’Etat doit être limité à la sécurité : la police et la protection du territoire ; tout le reste doit être « libre », c’est-à-dire ne surtout pas être imposé par l’Etat.
Quand le mot « liberté » sort de la bouche de Jean-Marc Sylvestre, par exemple, l’article 4 semble bien lointain, car au plutôt légitime « liberté d’entreprendre », il associe immédiatement « liberté de licencier ».
Notre Guide et ses sbires l’utilisent aussi à qui mieux-mieux : « liberté de travailler plus », travailler plus pour payer plus ; « liberté de choisir l’école de ses enfants », du moins de choisir les places qui resteront ; « liberté de gagner plus en payant moins d’impôts sur la fortune », liberté à tous de payer une TVA plus élevée.
La liberté, selon Titi et Gros-Minet, ne penche pas assez du côté des riches et des puissants. Idem pour le Maire UMP de Marseille, Jean-Claude Godin. Quand celui-ci annonce « il faut remettre de la mixité sociale dans le centre de Marseille », on doit traduire « il faut chasser les pauvres du centre et y mettre les riches ».
Quand « Liberté » revient dans leur bouche, il faut se méfier, la beauté du mot cache une réalité souvent cruelle.
Sur les lettres de licenciement
Sur les soldes de tout compte
Sur les arrêtés d’expulsion
Sur les charters et les prisons
Ils écrivent ton nom…